Informer pour un avenir durable

Pour le Rwanda, le problème c’est d’abord entre la RDC et le M23, tandis que pour la RDC, le problème c’est plutôt au niveau bilatéral entre l’État congolais et l’État rwandais 

Partager

Les espoirs d’une résolution pacifique du conflit entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont été une nouvelle fois déçus le 15 décembre dernier. Malgré de multiples rencontres diplomatiques et des mois de discussions, les parties prenantes semblent s’être enfermées dans des positions figées.

Selon Martin Ziakwawo, docteur en relations internationales, « les parties, en réalité, au travers de leur communication traduisent le fait qu’elles sont restées campées sur leur position de départ ». Cette impasse soulève des interrogations sur les véritables enjeux de ce conflit et sur les perspectives de paix dans la région des Grands Lacs.

D’après lui, les origines de ce blocage remontent à plusieurs mois. Initialement prévus en avril 2024, les sommets ont été reportés à plusieurs reprises, témoignant de la complexité des enjeux et de la difficulté à trouver un terrain d’entente, jusqu’à ce que le 15 décembre dernier, la rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame n’ait plus eu lieu.

« Force est de constater, à la fin, que ce qui a été à la base du report de ces sommets, c’est que les parties, en réalité, au travers de leur communication traduisent le fait qu’elles sont restées campées sur leur position de départ », souligne Ziakwawo.

Des divergences fondamentales

Les divergences entre les deux pays sont profondes et concernent tant les causes du conflit que les solutions à apporter. Tandis que le Rwanda pointe du doigt le M23 comme principal responsable de l’instabilité dans l’Est de la RDC, Kinshasa accuse Kigali de soutenir directement cette rébellion.

« Pour le Rwanda, le problème c’est d’abord entre la RDC et le M23, tandis que pour la RDC, le problème c’est plutôt au niveau bilatéral entre l’État congolais et l’État rwandais », explique-t-il.

L’échec de la médiation

Malgré les efforts de médiation, notamment de l’Angola, les parties n’ont pas réussi à faire évoluer leurs positions.

« Il y a eu six réunions ministérielles et plusieurs réunions des experts dans le but de faire avancer les parties prenantes vers un compromis, mais force est de constater, à la fin, que rien ne marche… », déplore Ziakwawo.

« Il y a eu six réunions ministérielles et plusieurs réunions des experts dans le but de faire avancer les parties prenantes vers un compromis, mais force est de constater, à la fin, que rien ne marche… », déplore Ziakwawo.

Le poids de l’opinion publique

L’opinion publique nationale de chaque pays semble également jouer un rôle important dans ce blocage.

« Le public, à travers la médiatisation de ces sommets deux semaines avant leur tenue, était plutôt de nature à mettre les parties en présence face aux pressions de leur opinion publique ; chacune des parties ne voulait pas en sortir la tête basse », analyse notre source.

En effet, au-delà des enjeux bilatéraux, ce conflit a des implications importantes pour la stabilité de la région des Grands Lacs. Les groupes armés prolifèrent, les populations civiles sont prises en otage et les tensions ethniques s’exacerbent. Ainsi, pour Martin Ziakwawo, chercheur sur les dynamiques diplomatiques et sécuritaires dans la région des Grands Lacs, les perspectives d’une résolution rapide du conflit semblent s’éloigner.

Selon lui, les parties semblent s’être retranchées derrière des positions maximalistes, rendant tout compromis difficile. À l’en croire, la communauté internationale est appelée à jouer un rôle plus actif dans la recherche d’une solution durable, d’où une pression internationale plus forte pourrait inciter les parties à faire des concessions.

Ce dernier estime, en outre, que le statu quo qui perdure dans les relations entre la RDC et le Rwanda est lié à plusieurs facteurs qui méritent une chirurgie rapide. Alors que les négociations sont au point mort et que les perspectives de paix semblent s’éloigner, il propose que la communauté internationale puisse agir rapidement pour éviter une escalade du conflit et ses conséquences humanitaires.

David Lupemba

Partagez cet article